FLEUVE • rêverie électro-aquatique

Tout a commencé avec la lecture de l’essai philosophique « La vie intense, une obsession moderne » de Tristan Garcia.

Cet ouvrage a particulièrement résonné en moi à un moment où je tentais (et depuis quelques années déjà) de repousser les limites de l’intensité dans ma vie professionnelle à tel point que plus rien d’autres n’avaient d’importance.
Comme beaucoup, je me suis pris au jeu de « l’accélération du temps » et de « la vie intense » qui sont devenues en quelques dizaines d’années des normes sociétales dans tous les domaines.

Les émotions et sensations qui doivent être de plus en vives et fortes (que ce soit dans la tristesse ou  la joie), l’accélération du temps (on doit faire toujours tout plus vite et utiliser le temps de façon optimum). Le problème avec l’intensité étant qu’une fois que l’on a vécue quelque chose à un niveau d’intensité personnel donné, la même expérience renouvelée une seconde fois s’avère souvent plus fade. Ceci entraînant une dépendance à une recherche d’intensité toujours plus élevées pour qu’elles restent intenses. Avec ce type de dépendance, on voit de plus en plus arriver les burn out quand le corps ou l’esprit ne suivent pas.

Comme Tristan Garcia le décrit, ce standard d’intensité se confronte à un autre standard sociétal que l’on pourrait appeler la recherche de sagesse (par la méditation, le yoga, etc…la recherche de sérénité, de maîtrise de ses émotions). Une sorte d’opposé à l’intensité en somme, plus proche de la nature et d’un rythme « naturel ».

La création de la rêverie électro-aquatique « FLEUVE » est née de ce besoin, d’abord personnel, de retour à un point d’équilibre en s’accordant ainsi des moments hors-champs, déconnecté du flux d’intensité ambiant par la musique.

Assez rapidement, le thème de l’eau (et de son cycle) m’a semblé une belle métaphore à l’intensité et au temps qui passe inexorablement. Chaque goutte d’eau ne revenant jamais là où elle est déjà passée en s’enrichissant de l’environnement qu’elle croise à chaque instant sur sa route. Me passionnant de plus en plus pour la musique à l’image, j’avais envie d’une musique proche d’une musique de film mais qui  induise en plus la détende . L’idée était donc ici de privilégier les mélodies, de les détourner, les ré-arranger, les faire évoluer comme l’eau qui se transforme…Ainsi chaque pièce de ce puzzle musical figure d’un morceau du voyage d’une goutte d’eau : « Pluie », « Du ruisseau au Fleuve », « Le lac », « Neige », « La mer ».
Côté instrumentation, j’ai clairement souhaité privilégier un retour aux claviers: le piano en instrument central, les synthés analogiques pour réaliser des sons en mouvement et plus fluides. La Harpe est aussi venue s’ajouter naturellement comme un instrument indispensable à cette représentation liquide et le glockenspiel à l’aspect cristallin de la neige. J’ai ainsi demandé à Virginie Guilluy de m’accompagner sur ce projet pour jouer de ces instruments, chanter et pour lire quelques textes.
Baigné dans la musique concrète depuis longtemps, j’ai rapidement détourné des sons d’eau (rivière, fleuve, lac, mer), de pierres que j’avais enregistré en 4.0 pour en faire des rythmiques, des instruments et des ambiances sonores.

François Marsollier a réalisé une scénographie magnifique et sur-mesure pour ce spectacle que l’on a enrichit ensemble de mécaniques visuelles (ventilateurs créant des mouvements sur l’eau, projeté sur nos feuilles/écrans) déclenchées par les sons joués en live.

Le teaser vidéo du spectacle, réalisé par le brillant Jérôme FZ , vous dévoilera tous les instruments et éléments de décors de cette sieste musicale sur les voix off des premiers spectateurs évoquant leurs sensations/impressions.

Vous pouvez aussi écouter librement l’ensemble des musiques composées pour ce spectacle, histoire de faire la sieste librement chez vous, sur soundcloud.